L’art est-il bon pour la santé?

Couverture du livre Art Cure annoté

Ce que nous apprend la recherche scientifique sur les liens entre les arts, la santé et le bien-être.

En 2019, le bureau régional européen de l’Organisation mondiale de la Santé a publié un rapport sur les liens existants entre l’art, la santé et le bien-être. L’idée était de cartographier l’ensemble des connaissances scientifiques autour de la question suivante : « Que nous apprend la recherche sur le rôle des arts dans l’amélioration de la santé et du bien-être ? » Cet important travail de recherche a été coordonné par deux chercheuses britanniques de l’University College London, Daisy Fancourt et Saoirse Finn (Fancourt & Finn, 2019).

Pour la première fois, une organisation internationale proposait une synthèse de cette ampleur sur les liens entre les arts, la santé et le bien-être. Depuis sa publication, ce rapport est devenu un document de référence pour les chercheurs, les professionnels de la santé et les décideurs qui s’intéressent à la place des arts dans la promotion de la santé.

Sept ans plus tard, en 2026, Daisy Fancourt publie *Art Cure: The Science of How the Arts Transform Our Health*, un ouvrage qui rend accessibles au grand public les principales connaissances scientifiques sur les liens entre les arts et la santé.

Le livre rassemble de très nombreuses recherches sur les liens entre les arts et la santé. En s’appuyant sur ces études, Daisy Fancourt montre comment les activités artistiques influencent notre cerveau, notre corps, nos émotions et nos relations sociales, tout en expliquant avec rigueur ce que la recherche permet, ou non, d’affirmer aujourd’hui (Fancourt, 2026).

Quand on évoque « les arts », de quoi parle-t-on ?

Lorsque l’on parle d’art, chacun imagine spontanément quelque chose de différent. Certains pensent à la peinture ou à la musique, d’autres au théâtre, à la danse, au cinéma ou à la littérature. Pourtant, lorsqu’elles se sont intéressées aux liens entre les arts et la santé, Daisy Fancourt et Saoirse Finn ont adopté une vision beaucoup plus large.

Elles y incluent toutes les formes d’expression artistique, mais aussi toutes les façons d’entrer en relation avec elles. Chanter dans une chorale, jouer d’un instrument, écrire, danser, dessiner, visiter une exposition, assister à une pièce de théâtre, regarder un film ou participer à un atelier créatif : toutes ces expériences peuvent nourrir la recherche lorsqu’elle s’interroge sur leurs effets sur notre santé (Fancourt, 2026).

L’Approche Centrée sur la Personne par les Arts Expressifs s’inscrit naturellement dans cette grande famille des pratiques artistiques. J’y reviendrai dans un prochain article consacré à ce thème. Pour l’instant, retenons simplement que les recherches présentées dans le rapport de l’OMS et dans *Art Cure* ne concernent pas une discipline artistique en particulier, mais l’ensemble des expériences artistiques susceptibles d’influencer notre manière de vivre, de ressentir les choses et d’entrer en relation avec les autres.

Et qu’appelle-t-on « santé » ?

Un autre mot mérite que l’on s’y attarde : la santé.

L’OMS la définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (Organisation mondiale de la Santé, 1948).

Cette définition date de 1948 mais elle demeure étonnamment moderne. Elle nous rappelle qu’être en bonne santé ne signifie pas seulement ne pas être malade. C’est aussi pouvoir vivre pleinement, trouver un équilibre, faire face aux défis de l’existence, entretenir des relations satisfaisantes et se sentir suffisamment bien pour déployer ses capacités.

On comprend alors pourquoi cette vision plus globale de la santé intéresse tant les chercheurs. Si la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, toute activité susceptible d’influencer notre bien-être physique, psychologique ou social mérite d’être étudiée.

Mais comment une activité aussi simple que chanter, peindre, danser, écrire ou même visiter un musée peut-elle avoir un effet sur notre santé ?

Prenons l’exemple du stress

Pour commencer à répondre à cette question, je vous propose de nous intéresser à un phénomène que nous connaissons tous : le stress.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (2023), le stress correspond à « un état d’inquiétude ou de tension mentale causé par une situation difficile ». Il s’agit d’une réaction normale de notre organisme. À petite dose, il peut même être utile puisqu’il nous aide à nous adapter à ce qui nous arrive. En revanche, lorsqu’il devient trop intense ou se prolonge dans le temps, il peut avoir des conséquences délétères sur notre santé.

Le terme « stress » peut parfois être ambigu, car il est souvent utilisé pour désigner trois réalités différentes (McEwen, 2005).

Il peut d’abord désigner le stresseur, c’est-à-dire la situation ou l’événement auquel nous sommes confrontés. Il peut ensuite faire référence à la réponse au stress, autrement dit l’ensemble des réactions psychologiques et physiologiques que notre organisme met en œuvre pour faire face à cette situation. Enfin, il est parfois utilisé pour parler des conséquences d’un stress devenu chronique ou répété.

Cette distinction est importante. Elle nous permettra de mieux comprendre comment les activités artistiques peuvent agir face au stress et à quels niveaux elles sont susceptibles d’exercer leurs effets.

Ce que nous apprend Art Cure

Les recherches présentées par Daisy Fancourt montrent que les activités artistiques peuvent favoriser une meilleure régulation de l’organisme en influençant notamment le système nerveux autonome, c’est-à-dire le système qui régule automatiquement des fonctions essentielles comme le rythme cardiaque, la respiration ou encore la digestion. Chez de nombreuses personnes, cette régulation s’accompagne d’une diminution du cortisol, une hormone libérée par notre organisme lorsqu’il doit faire face à une situation stressante, d’un ralentissement du rythme cardiaque, d’une respiration plus calme et d’une sensation accrue de bien-être (Fancourt, 2026).

L’un des messages les plus intéressants du livre est que les arts ne servent pas uniquement à « se détendre ». Ils nous aident surtout à retrouver un niveau d’équilibre adapté à la situation. Autrement dit, ils contribuent à réguler notre état d’activation plutôt qu’à le diminuer systématiquement. Cette nuance est essentielle, car elle permet de mieux comprendre pourquoi les effets des pratiques artistiques peuvent varier d’une personne à l’autre et d’un contexte à l’autre (Fancourt, 2026).

Une même personne, plusieurs chemins créatifs

Une autre idée me paraît importante. Il n’existe pas une activité artistique qui conviendrait à tout le monde, ni même à une même personne en toutes circonstances.

Je remarque d’ailleurs que c’est aussi ce que je vis. Certains jours, j’ai envie de couvrir une feuille de couleurs et de paillettes, sans objectif particulier, simplement pour le plaisir de créer. À d’autres moments, c’est tout autre chose qui m’appelle : ramasser un morceau de bois au cours d’une promenade, le décorer, le pyrograver, lui donner une nouvelle vie.

La pratique change, l’élan créatif aussi. Pourtant, dans les deux cas, quelque chose se met en mouvement. C’est sans doute l’un des enseignements les plus intéressants de « Art Cure » : ce n’est pas tant une forme d’art en particulier qui importe que la rencontre entre une personne, un moment de sa vie et une activité qui fait sens pour elle, à ce moment précis de son parcours (Fancourt, 2026).

Le stress n’y est pourtant qu’un exemple parmi d’autres. Tout au long de son ouvrage, Daisy Fancourt montre que les arts influencent également notre cerveau, nos émotions, nos relations sociales, notre perception de la douleur ou encore certaines fonctions cognitives (Fancourt, 2026).

À la lumière des nombreuses recherches qu’elle rassemble, la question n’est peut-être plus seulement de savoir si les arts peuvent avoir une influence sur notre santé, mais aussi de mieux comprendre dans quelles conditions, pour qui et à travers quels mécanismes ils peuvent contribuer à la santé et au bien-être.

Je me suis volontairement limitée ici à quelques idées qui m’ont particulièrement marquée à la lecture de ce livre. Si le sujet vous intéresse, je vous invite vraiment à découvrir cet ouvrage. À ce jour, il est disponible en anglais et il semble qu’une traduction française soit en préparation.

Fancourt, D. (2026). Art Cure: The Science of How the Arts Transform Our Health. Cornerstone Press.

Fancourt, D., & Finn, S. (2019). What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being? A scoping review (Health Evidence Network Synthesis Report No. 67). WHO Regional Office for Europe. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK553773/

McEwen, B. S. (2005). Stressed or stressed out: What is the difference? Journal of Psychiatry & Neuroscience, 30(5), 315–318. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC1197275/

Organisation mondiale de la Santé. (1948). Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé. https://www.who.int/about/governance/constitution

World Health Organization. (2023). Stress. https://www.who.int/news-room/questions-and-answers/item/stress